La construction et l'entretien d'une maison
au Pays d'Argentat (Corrèze) à la fin du XIXème siècle

D'après la retranscription d'un cahier ayant appartenu à mon aïeule,
Augustine Mélanie Faure, née Garrel, maîtresse de maison.

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de la maison
Construction
de la maison
Fonctionnement et entretien

Les greniers renferment parfois des archives à valeur essentiellement familiale, mais dont l'exploitation peut apporter quelques enseignements plus généraux sur les modes de vie, la société, l'économie, les techniques d'une époque lointaine qui ne subsiste plus qu'à travers de vieilles pierres ou des objets désuets.

Le cahier qui suit est un témoignage original de l'édification de la maison familiale. Il reproduit à des fins de comptabilité et avec un rare souci du détail les contributions les plus diverses : journées de main d'œuvre des différents corps de métiers, journées de servitude des parents, cousins ou voisins, matières premières et approvisionnement, etc.
Les unités de mesure de longueur (toise, pieds, …), de contenance (vaste, barique…) de poids (livre…) témoignent d'usages anciens. Certains détails sur la nature, la provenance ou l'utilisation des ressources laissent rêveur sur les techniques ou les moyens de transport utilisés, et le travail colossal qu'ils ont pu demander :

  • A titre d'exemple, la carrière de Valins (Valeins, commune de Hautefage) où ont été extraites les pierres d'angle de granit, se situe au-delà d'Argentat à 12 kilomètres du village, sur des hauteurs opposées !
     
  • Pour rapporter le sable du Doustre ou de Dordogne, les chars à bœufs descendaient à flanc de colline par un dédale de chemins en lacets, dont ne subsistent aujourd'hui que les talus perdus dans des bois impénétrables.
     
  • Quant à l'eau elle-même, destinée à la fabrication du mortier ou du crépis, elle aurait été puisée au Pradel (un hameau d'Hautefage dominant la Marrone), propriété qui a vu naître Mélanie, à une quinzaine de kilomètres - ce qui peut paraître étrange, la Dordogne se trouvant à peu près à mi-distance !

La quantité de vin absorbée lors du chantier, impressionante, récompense les efforts de tous : on notera la différence entre le "bon vin", acheté, et la "piquette" du pays, produite au village même, alors entouré de nombreuses vignes.


Le document comporte quelques contradictions concernant les dates : Mélanie fait remonter la construction de la maison à 1779 (soit un siècle avant sa naissance en 1869), mais elle cite comme principaux ouvriers ses contemporains Victor Faure (mari), Faure père (beau-père), Joseph Faure (le cousin de Victor, futur député et sénateur) ou encore "Teillinot", pour Jean-Antoine (frêre de Victor, le poète un peu illuminé, surnommé lou boun a ri, dont il est question ailleurs sur ce site - rubrique Portraits).

Par ailleurs la date de 1881 est mentionnée dans le courant du texte (journées des charpentiers). Manifestement Mélanie n'est pas l'auteur de ces comptes (elle n'avait que 12 ans à cette dernière date) mais elle a pu les recopier plus tard (peut-être d'après un de ces nombreux inventaires tenus par Teillinot). La date de 1881 me semble donc la plus plausible (et cohérente avec les dates inscrites sur la plupart des maisons du village), mais la maison a pu être reconstruite sur les bases d'une demeure plus ancienne.

J'ai pris le parti de retranscrire les informations portées sur le papier par mon aïeule, sans y porter aucune modification, en dehors de celles que la famille seule était en mesure d'apporter. Sous réserve du déchiffrage correct de l'écriture manuscrite et d'une bonne interprétation du parler local de l'époque, j'espère avoir été assez fidèle à l'original.

 

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